J’ai visité une AVEC …

Cet article est tire du blog de Plan Benin http://planbenin.wordpress.com

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Dis comme cela, on pourrait bien penser que le titre de ce billet n’est pas complet. Et pourtant, il l’est. Il l’est si l’on sait qu’AVEC s’écrit en fait AVE&C et signifie en long « Association Villageoise d’Epargne et de Crédit ». Ayant ainsi replacé les choses dans leur contexte, j’en reviens à mon propos. Donc, je disais, j’ai visité une AVEC …

Vendredi 08 février 2013, 11h du matin. Quelque part au fin fond du Bénin profond, dans un petit village dénommé Tchakifaka de la commune de Toucountouna, se réunissent une vingtaine de femmes, accompagnées de leurs enfants, tous petits, dont en réalité, elles ne se séparent jamais. Elles sont assises sur des bancs, de minuscules tabourets, des nattes. Elles sont habillées de tenues bigarrées, avec ou sans foulard, dans une sublime diversité faite de beauté, de fierté, de dignité, de tristesse, de désillusion mais surtout de pauvreté. Derrière chacun de ces visages, se cache l’histoire d’une vie. Et à en croire le décor, cette vie est loin d’être un long fleuve tranquille …

Elles sont rassemblées comme elles le font de manière régulière depuis plusieurs mois, depuis que l’ONG Plan Bénin leur a montré qu’ensemble elles peuvent réaliser de grandes choses. Pour en arriver à ces rencontres hebdomadaires, il a d’abord fallu dépasser les préjugés, accepter de s’écouter en tant qu’humain et non plus en tant que membre de telle ou de telle ethnie. Il a fallu du temps et la patience des agents facilitateurs de Plan Bénin, dont le rôle a été et est toujours celui de catalyseur.

Notre arrivée modifie quelque peu le cours habituel des rencontres. Ensemble, solidaires et joyeuses, les femmes entonnent un chant de bienvenue dans une langue qu’aucun de nous ne comprend, exceptée Sayi, la jeune facilitatrice qui nous sert de guide.

Des places nous sont réservées. On nous fait asseoir et la réunion commence. Les enfants, habitués à ces rencontres, s’éloignent légèrement et jouent sous un arbre. L’un d’entre eux pourtant, espiègle, n’arrête pas de taquiner sa mère qui se défend mollement. La présidente de l’association, jeune femme  frêle au regard intelligent fait un bref discours. Trois personnes se lèvent ensuite, ouvrent les trois cadenas d’une caisse  discrètement déposée un peu plus tôt par un des membres. Puis, pendant 30 mn voire une heure, selon une mécanique bien réglée, les femmes se lèvent, remettent de l’argent à l’une d’entre elles, qui le compte sous l’œil vigilant d’une autre. A deux, elles  annoncent ensuite le montant exact recueilli à tout le groupe. Puis on assiste à une deuxième phase où certaines femmes se lèvent et rendent de l’argent tandis que d’autres en prennent.

Ainsi, chaque semaine, ces femmes se regroupent pour épargner et pour obtenir de leur groupe des crédits. Le taux de remboursement ce jour là est de 100 %. Les personnes qui économisent plus que le montant minimal de 200 FCFA recommandé sont félicitées. De cette action solidaire menée depuis plusieurs mois est sortie une épargne de 800 000 FCFA, une vraie fortune. Les femmes sont heureuses de pouvoir faire leur petit commerce grâce au crédit obtenu auprès de leur AVE&C.  Elles savent qu’à  la fin de l’année, elles assisteront au grand partage au cours duquel sont restitués à chacune, selon le montant cotisé, les fonds dans la caisse, majorés par un intérêt. Ce jour là, ce sera une grande fête. Car toutes les femmes seront sorties gagnantes de l’expérience.  Ce projet, elles le savent, les aide à sortir de la pauvreté.

L’exemple de Tchakifaka n’est qu’un parmi tant d’autres. Plus de 800 associations de femmes sont mises en place au Bénin par Plan, à travers son programme « Autonomisation des femmes pour la réalisation des droits de l’enfant ». Des femmes vivant dans des ménages pauvres bénéficient ainsi de l’aide de l’institution pour atteindre une autonomie financière, salutaire pour elles d’abord, mais aussi pour leurs familles en général et leurs enfants en particulier. Plan Bénin part du principe que si une mère est heureuse, et financièrement comblée, elle donnera à ses enfants le meilleur d’elle-même et de meilleures conditions de vie, notamment en ce qui concerne la nourriture et l’éducation.

Que dire pour finir ? Juste un petit conseil. Si un jour vous en avez l’occasion, visitez une AVE&C de Plan Bénin. Je vous assure qu’après cela, vous verrez la vie différemment.

Grève dans l’enseignement au Bénin : il faut que ça cesse.

Copyright - Blog : Golf de Rueil Malmaison

Copyright – Blog : Golf de Rueil Malmaison

Le Bénin a souvent été qualifié de pays où la ponctualité est considérée comme inventée pour être contournée. L’heure africaine, expression caractérisant la désinvolture avec laquelle l’horaire est respecté en Afrique, a été remplacée par l’heure béninoise, donnant au pays l’aura malheureusement bien méritée du recordman (record country ?) de l’élasticité des horloges. Une chose est sûre, tout le monde s’entend sur le fait qu’au Bénin, « avant l’heure, c’est l’heure », « l’heure, c’est l’heure » et surtout « bien après l’heure, c’est toujours l’heure ».

Mais si dans la vie de tous les jours, la ponctualité nous fait défaut, il faut reconnaître que dans certains domaines, c’est avec une assiduité sans pareil que nous répétons les mêmes phénomènes. C’est par exemple le cas, en ce qui concerne le monde de l’éducation. Aussi loin que remontent mes souvenirs -excusez ma jeunesse- l’actualité de  l’école béninoise a toujours rimé avec 48h, 72h, illimitée. Des mots qui, pris tous seuls, pourraient faire penser à une surdose de travail, mais qui, en réalité, posés dans le contexte béninois se voient accompagner du terme « grèves », qui vient, par sa négation du travail, tout foutre en l’air.

Ainsi donc, aussi loin que remonte mes souvenirs, les grèves sont comme une épée de Damoclès, constamment agitée au dessus des têtes des apprenants béninois. Une épée, encore plus dangereuse que celle de la légende, puisqu’elle nous a déjà plusieurs fois montré qu’elle pouvait tomber et, qu’en tombant, elle pouvait faire mal. Tous les ans, je dis bien tous les ans, les enseignants du Bénin réclament une amélioration de leurs conditions de vies, notamment la prise en compte de certaines primes. Tous les ans, les gouvernants promettent de tenir compte de ces doléances et d’y remédier. Tous les ans les gouvernants oublient de le faire ou n’y répondent que partiellement. Et tous les ans le problème est reposé, de préférence pendant les périodes de grande tension comme la rentrée scolaire ou celles de corrections de copies d’examen. Des titres du genre « La rentrée aura – t – elle lieue ? » sont devenues tellement communs que si l’on n’en voit pas aux alentours des mois d’août et de septembre dans les journaux du pays, on se demande si tout va bien.

Les années de grâce sont celles où les grèves sont annoncées mais ne tiennent pas. Celles là sont rares. L’année dernière, jusqu’à quelques jours des examens, les apprenants ne savaient pas s’ils pourraient aller composer. Le spectre de l’année blanche est devenu l’âme en peine d’un de nos cousins germains, le genre de fantômes qui nous accompagnent toute notre vie et à la présence desquels ont fini par s’habituer.

A ce jeu de « je t’aime, moi non plus », auquel se livrent leurs aînés censés les protéger, les vrais perdants restent les apprenants. Car, même si l’année blanche se cantonne pour le moment à son statut immatériel de spectre, il n’en demeure pas moins que ces nombreuses heures de débrayage ont un impact, bien réel lui, sur le rendu des élèves. Il est bien facile de se plaindre d’une baisse de niveau de l’éducation en général, et il est aisé de mettre cela sur le compte de parents démissionnaires ou de programmes scolaires mal élaborés. Mais nous devons nous rendre à l’évidence : les grèves  ont leur part de responsabilité dans cette situation. Imaginons par exemple un enfant qui a commencé son cours primaire dans une école publique béninoise, et qui chaque année doit rester à la maison environ 20 jours par an au moins. Imaginons que les parents de cet enfant, tous analphabètes, n’ont en plus pas les moyens de lui payer une aide à domicile. Imaginons le nombre d’heures qu’il aura perdu du CI au CMII : 20j*8h*6ans. 960 heures. Et la maxime dit : « Le temps perdu ne se rattrape pas »…

Voila donc, pour ce petit homme, 960 heures de notions à jamais méconnues, se traduisant par 960 fautes d’orthographe disséminées dans les copies d’examen futures, dans les prochaines demandes d’emploi et dans les procès verbaux ou autres documents techniques illisibles sinon incompréhensibles, remis à un patron que la répétition de ces incorrections met au  bord de la crise de nerfs. 960 heures qu’il est possible d’éviter si de part et d’autre on pense réellement à l’essentiel, à savoir, l’éducation des enfants et des jeunes, avenir de notre pays.

Qu’il me soit permis de terminer mon propos par un souhait : que la grève de 48h de tous les trois ordres d’enseignement du Bénin s’étant déroulée la semaine dernière, ne soit pas, comme les autres années, la première d’une longue liste, mais qu’elle soit plutôt la dernière d’une décade difficile pour tous. 

Handiaction 2012 : TIC et musique au service des handicapés du Bénin

Copyright. – TEBQ, 229 efficience

Un concert …

Le vendredi 21 décembre 2012, à partir de 21h, à l’Espace Tchif de Cotonou, se tiendra un concert caritatif en faveur du centre pour handicapés Bethesda de Lokossa (Bénin). De nombreux artistes de la place tels que Gael, Gyovanni, Diamant Noir, Blaaz, Sessimè, Dibi Dobo etc … viendront faire vibrer leurs voix à l’unisson pour une cause commune : la lutte contre le Handicap. L’ensemble des fonds et dons en nature collectés dans le cadre de ce concert, seront reversés au centre Bethesda. Créé le 03 janvier 1988, ce centre est spécialisé dans les soins, la rééducation fonctionnelle et la réinsertion des personnes handicapées, majoritairement des enfants.

Des organisateurs …

Le concert Handiaction 2012 est un  évènement spécial, qui s’intègre dans l’esprit de noël : partage, solidarité, dons, enfants. C’est un évènement particulier aussi, du fait de ses organisateurs. Trois en l’occurrence : l’ONG 229 Efficience, le groupe TEBQ et Afropop. Si ce dernier est un grand label de musiques urbaines africaines comptant dans son écurie des artistes comme Jay-Killah, Duce, Cilia et  Nova, pour ne citer que ceux là, les deux premiers ont une origine plus singulière : le web.

En effet, le groupe TEBQ ne se réfère pas à une multinationale ou à un groupe de musique. C’est plutôt le groupe Facebook « Tu es Béninois quand (TEBQ)« . Un groupe mis en place par de jeunes béninois il y a environ deux ans. Au départ, il s’agissait pour ses membres de partager des anecdotes authentiques et propres au pays, d’où le titre « Tu es Béninois quand ». Ce creuset virtuel s’est avéré au fil du temps, un excellent moyen de divertissement. L’humour y circule, en bas ou en haut de la ceinture, sans façon. Le français qui y est parlé est volontairement tropicalisé avec l’emploi de mots typiquement africains comme le très célèbre « nkoun » (un juron). Certains jours de la semaine sont réservés à une activité particulière. Ainsi, le lundi, un sujet de réflexion, est soumis à la communauté des membres. Le mercredi, c’est la journée des faits divers, le vendredi celle des conseils. Un membre pose un problème et les autres lui proposent des solutions. Enfin, le dimanche, c’est le jour  des dédicaces et chaque membre peut dédier des chansons aux personnes de son choix. Ne se contentant plus uniquement de son statut virtuel, TEBQ a eu à organiser diverses sorties et retrouvailles, piques – niques, journées sportives etc.

Est- il nécessaire de préciser que ce groupe est l’un des plus populaires du Facebook béninois ? Il compte actuellement plus de 10 680 membres. Il est administré par : Choupa Choups, Maxima Houangbe, Jerry Aguiar, Ophélia Amoussou, Jc-Aho, Tonio Ctn, Adi Marily, Gé Ér, Guy-marino Hinnouho, Kouboura de Yessoufou, Al Codovski, Romel Hazoume et Pam Arie.

Dans la foulée des actions organisées par TEBQ en dehors du cadre virtuel, et avec l’élan propre à la génération consciente de jeunes béninois qui veulent participer à changer le monde, il a été ressenti le besoin, au sein du groupe, de travailler de manière efficiente à réduire les maux des populations du pays à travers diverses actions caritatives. Un creuset un peu plus formel a donc été mis en place pour ces actions. Ainsi est née, à l’initiative de certains membres de TEBQ en décembre 2011, l’ONG à but non lucratif 229-Efficience (229 pour l’indicatif pays du Bénin). Cette dernière intervient dans le domaine de l’enfance et de l’amélioration des conditions de vie des populations béninoises. Depuis juillet 2012, l’ONG est légalement enregistrée sous le numéro 2012/0363/DEP-ATL-LITT/SG/SAG-ASSOC. Elle a déjà organisé plusieurs séances de dons aux orphelinats ou autres personnes nécessiteuses. Après divers brainstorming virtuels, le concert handiaction 2012 a été retenu comme l’action caritative la plus appropriée pour cette fin d’année.

Un engagement citoyen …

Avec ce concert, nous est offert l’occasion d’accompagner la lutte contre l’exclusion sociale, de lutter contre la fatalité en donnant les moyens aux handicapés de réussir leur vie. Et tout ceci en nous amusant. Une façon de joindre l’utile à l’agréable. C’est une action noble, un vrai exemple de ce que les citoyens peuvent faire pour réduire la douleur et la pauvreté, offrir à notre monde un  meilleur visage. Celui de l’amour et du partage.

Alors, n’hésitez pas. Donnez, partagez. Que vous soyez du Bénin ou d’ailleurs. Tous les dons sont acceptés, en nature (riz, maïs, sucre, lait, huile, vêtements, jouets, livres pour enfants) ou en espèces.

Handiaction 2012 : quand les TIC se mettent au service du développement.

Alors : GoingMay be – or Decline ? Moi, j’y serai. Et vous, y serez-vous ?

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Contacts des organisateurs :

Hotline dons en espèces : +229 95 94 24 17
Hotline dons en nature : +229 95 94 24 17
Hotline ticket de concert : +229 96709292 / +22995959292

Compte de l’ONG 229-EFFICIENCE BanK Of Africa –
Code banque: BJ 061-
Code guichet: 01001-
Numéro de compte: 01932520001-
Clé RIB: 13
IBAN: BJ 66 BJ06 1010 0100 1932 5200 0113
SWIFT: AFRIBJBJ

Halte au tabac !

Pour une fois, le décor de mon post ne sera pas planté dans mon pays d’origine, le Bénin. Je prends mes chaussures et mon sac d’aventurière, et je m’en vais visiter  la magnificence et la beauté d’un pays aux cultures diversifiés : le Cameroun. Je voudrais remercier Emilien Mvondo, qui a accepté m’accorder un peu de son temps pour me parler de son pays et de ses particularités.

Cette histoire est  tirée de faits authentiques. La personne qui me l’a racontée a accepté que je l’écrive avec mes mots, que je la retouche un peu, que je la publie pour qu’elle serve d’outil de sensibilisation à la jeunesse si friande des produits du tabac. Cette personne accepte que je vous livre ainsi un pan de sa vie, mais refuse de se dévoiler totalement. Elle requiert l’anonymat. Je respecte cela.

Elle …

Elle avait la beauté, la finesse des filles Sawa, la belle taille des filles de Baffia, la vigueur et le dynamisme des Eton, la sincérité des anglophones du nord – ouest, le style british (classe et chic) des anglophones du sud – ouest, l’éclat de peau et la richesse des Bamiléké, l’ondulation et la longueur des cheveux des arabes Suwa, le derrière plein de promesses des filles Bamoun. Elle était à elle seule, le Cameroun en entier, elle respirait mon pays jusque dans ses moindres gestes. Elle aimait la musique, la vie. Elle pouvait se montrer possessive et jalouse mais aussi attentionnée et prête à répondre à mes mille caprices. Elle pouvait me cuisiner les plats du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, je n’avais qu’à demander.  Le Ero, le Ndolè, le poisson braisé, le kpem, le sanga, le Njapchè et diverses autres superbes sauces Haoussa faisaient partis de mon quotidien. J’en mangeais, en veux tu en voila, et plus j’en mangeais, plus j’en réclamais. Le bonheur, pouvait – il avoir un autre nom que Samiath ? C’est celui qu’elle portait. Et pour moi, Samiath était tout. Elle m’adorait et je l’adorais.

Dolce Vita …

Quand je la vis passer la première fois devant le petit bar de quartier où je traînais avec quelques amis, mon cœur s’arrêta de battre une seconde puis se mit à cogner de manière saccadée. De ce jour, je ne me donnai pas de répit et mis tout en œuvre pour la conquérir. Comble du bonheur, elle voulut de moi autant que je voulus d’elle.  Après plusieurs mois de farniente, de Dolce Vita, ce qui devait arriver arriva. Ma douce et moi nous mariâmes, emménageâmes ensemble et … en principe, les histoires de ce genre finissent par la phrase sacrée « nous eûmes beaucoup d’enfants » …. Léger bémol s’il en fallut, dans mon histoire à moi. Bien sûr, très vite, le ventre de ma douce s’arrondit. Elle rayonnait de beauté, et l’attente de notre bébé nous mettait dans un état de béatitude que rien n’aurait dû venir distraire.

Bémol …

Il y avait cependant un petit hic à notre conte de fée. Samiath avait une allergie. Elle ne supportait pas la fumée de la cigarette ou du tabac. Il était impossible de fumer dans son environnement immédiat. Ceci n’aurait pas constitué un problème, si je n’avais été la locomotive que je suis. Le tabac et moi, étions devenus inséparables depuis mes années universitaires, où, étudiant en droit, je me suis laissé entraîner par mes amis dont le style de vie m’impressionnait. Ils semblaient si « in » dans leurs jeans derniers cris, leurs chemises griffées et leurs cigarettes à la main. Du jour où j’ai commencé, je n’ai plus su comment arrêter. Mais pour Samiath, je décidai d’arrêter. Et j’y suis arrivé. Enfin, j’y étais arrivé jusqu’à cette affreuse nuit du 12 avril 2011, où, je sortis participer au pot d’au revoir d’un collègue et ami qui repartait chez lui, à Madagascar, après avoir passé 5 années dans mon pays. Samiath, dont la grossesse était très avancée, ne voulut pas m’accompagner. Je comprenais, j’approuvais même sa décision. Ah, si elle avait été là… Elle m’aurait empêché de fumer, de replonger. Sa seule présence à mes côtés aurait suffit à m’en dissuader. Mais elle n’était pas là. Et je fumai, une, deux, quatre, dix cigarettes. Je fumai à la déraison. Un moment de débauche, me dis-je, à ne pas répéter … à ne pas répéter souvent… Je revins à la maison, penaud, me couchai dans le canapé du salon pour ne pas la réveiller mais surtout pour qu’elle ne sente pas mon haleine et mes habits pleins de fumée. Mais c’était peine perdue. Au beau milieu de la nuit, elle se mit à tousser, tousser, fort, fort, de plus en plus fort au point de s’étrangler, au point de me faire paniquer totalement. En catastrophe, j’emmenai ma femme à l’hôpital. Le meilleur, le plus proche aussi. Les docteurs firent tout ce qu’ils purent, la vie quittait ma belle aussi vite que l’eau coule d’un seau percé. Je la vis partir ainsi, sous mes yeux, stoïque. Elle ne me fit aucun reproche, se tourna vers moi quand c’était la fin et me fit un dernier sourire.

Le tabac tue …

C’est ainsi qu’en cette nuit du 12 au 13 avril 2011, je perdis ma femme. Le bébé ? Sauvé de justesse, par césarienne. Mon âme ? A jamais disséquée, laminée, torturée par le chagrin et le remords. Non, ce n’est pas un jeu, le tabac tue vraiment et sa fumée aussi. Je le sais. J’en ressens les effets, tous les jours de ma chienne de vie …

Go ahead, Mr President!

Crédit photo : Scott Olson/AFP

3 heures du matin, ce mercredi 07 novembre 2012 ici à Cotonou. Je suis réveillée par le raffut de la radio du voisin qui grésille et tente tant bien que mal de retransmettre un programme spécial sur les élections américaines. Il s’agit d’annoncer en direct la victoire ou non de Barack Obama. Je me réveille et tends l’oreille. Le commentateur semble sûr de lui. Barack Obama, rempile à la tête des USA. Ouf, Dieu soit loué. Malheureusement, j’ai du mal à me rendormir et reste éveillée pour le reste de la nuit.

Le matin toute ensommeillée, alors que je me rends à une réunion dans l’un des nombreux ministères de mon pays, j’entends plus fort encore que cette nuit, le bruit d’une auto-radio qui hurle des informations au sujet de … la victoire de Barack Obama (on l’aurait parié…). Je me retourne, pour voir d’où vient ce tintamarre quand mes oreilles irritées en captent un autre. Vrouummm, c’est une moto qui arrive à toute allure. Elle ralenti au niveau de la voiture pollueuse de mon environnement sonore et crie : « Il a gagné ? ». « Oui, oui, il a gagné » lui répond-on sur le même ton. Le conducteur de la moto se met à klaxonner non stop et s’en va tout heureux. Le chauffeur y ajoute du sien, quelques coups de klaxon… Pim, Pim, Pim, Yeah!

OK, c’est général …

J’arrive enfin au ministère où j’ai ma rencontre. Bien évidemment, on me fait attendre dans le couloir, et oh, si cela peut vous consoler, je ne suis pas seule dans le cas. Il y a tout autour de moi plusieurs « grand quelqu’un » assis ça et là, ou debout en petits groupes… Et j’entends soudain, là aussi, à l’autre bout du couloir : « Moi je souhaitais de tout coeur qu’il gagne, mais les derniers sondages m’ont fait peur ! » Et encore : » Le Romney là, il n’avait aucune chance devant Barack, moi je te le dis ». C’est donc tout naturellement que je me fais à l’idée que je mangerai de la soupe à la Barack tout le long de la journée. Yeah!

La déferlante …

Sans surprise, après la réunion et de retour à mon bureau, j’accède à mon profil Facebook, et accueille la déferlante … « Congratulations, Mr. President » écrit l’une. « Barack Obama vainqueur des élections présidentielles américaines, et après ? » se demande l’autre. « Réélection de Barack Obama aux élections présidentielles, qu’est ce que cela va changer pour l’Afrique ? » se questionne encore un autre. « Barack réélu. Qu’est ce que ça change pour le Mali? », s’interroge quelqu’un. Et, cerise sur le gâteau, un post d’une amie d’enfance (devenue journaliste entre-temps et spécialement envoyée aux Etats – Unis pour suivre le déroulement du scrutin). Heure d’ envoi du post, 5 h 44 : »C’est drôle. Je suis dans une rédaction, ils sont conservateurs donc pas contents…. j’ai juste envie de danser et je peux pas!!!!! ». Yeah !

Ok. Là, tel que c’est parti, je sens que je vais carrément manger de la soupe à la Barack pendant un mois au moins… Dans ce cas, autant faire contre mauvaise fortune bon cœur. Autant me joindre à la liesse populaire et accepter de dévoiler une petite partie de moi en disant ce que je pense effectivement de Barack Obama. Autant profiter de ce moment et laisser éclater ma joie de le voir remporter ces élections. Alors, je décide de me jeter à l’eau. Vous permettez ?

Pour moi, Obama c’est …

Pour moi, Obama, incarne un symbole. Le symbole de la réussite, la vraie, où la vie de famille est au centre de tout, une vie de famille si belle et si vraie, des sentiments authentiques dans un monde si cruel. Il est pour moi, le symbole de la persévérance dans le travail, de l’impact de la foi en soi. Il est la preuve que les enfants issus de familles monoparentales, ne sont pas des personnes perdues d’avance, à l’avenir à jamais bafoué par l’absence d’un père. Il est pour moi le symbole, la preuve que tout est possible à celui qui croit. Yes we can. Non, je n’ai pas apprécié toutes les décisions qu’il a prises au cours de son premier mandat. Mais j’en ai apprécié la plupart. Ça me va.

Je fais également miens les propos d’un de mes mentors qui a dit un jour au sujet d’Obama : « Peu m’importe ce qu’il fera à la tête de son pays, ce qu’il fera ou ne fera pas pour l’Afrique, moi je suis heureux qu’il soit élu Président des Etats-Unis d’Amérique. Parce que pour moi, ce qu’il devait faire pour l’Afrique, il l’a déjà fait en se faisant élire.  Il donne à nos enfants un modèle vivant de réussite par le travail. Il fait voir à nos petits que, peu importe la couleur de ta peau, tu peux atteindre les sommets si tu le désires vraiment et si tu y travailles. Il élève les standards des rêves des générations à venir ». Oui, Barack Obama, nous fait rêver. Et nous ne pouvons que l’en remercier.

So, congratulations Mr. President. Thank you, and just go ahead!

Peut-être qu’en élevant la voix…

Jeune homme seul, abandonné.

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Martin. Regard vide, dos voûté, polo gris sur jean délavé, à peine peigné. Martin. Jeune béninois, 28 ans, chômeur depuis deux mois. C’est ainsi qu’on aurait pu me décrire, en ce lundi matin alors que je marche le long des pavés de la rue Guinkomey, non loin de l’église Béthel où je me suis tout à l’heure arrêté pour prier.

J’ai laissé exprès ma voiture à la maison. Pas d’essence ou si peu. Les enfants qui doivent aller à l’école. Leila qui doit les déposer et dont le bureau n’est pas la porte à côté. Leila, ma femme, ma compagne, mon amie, celle à qui j’ai tout donné et qui semblait bien décider à tout faire pour mon bonheur. Leila dont je n’ai pas compris la réaction quand je lui ai annoncé que j’avais perdu mon job. Leila qui n’a pas pleuré, n’a pas soupiré, n’a pas paniqué, mais qui m’a regardé droit dans les yeux et m’a juste dit :  » Tu as perdu ton travail ? Bien, c’est ton problème. A ta place je me dépêcherai d’en trouver un autre. Parce que moi, je n’ai pas l’intention d’utiliser mon maigre salaire pour te nourrir et nourrir tes enfants. Ça c’est ton job ». Ah, Leila ! Le maigre salaire dont elle parlait avoisinait les 500 000 F CFA le mois. Un salaire que j’ai dû apprendre à accepter, que mon orgueil d’homme à dû apprendre à digérer, un salaire qui a toujours été supérieur au mien.

Je m’arrête un moment au bord de la voie, au milieu de rien, tandis que défilent devant moi des voitures de toutes sortes emmenant des cadres, des gens pressés – dont les coups de klaxon effrénés laissent entrevoir leur peur d’être en retard, leur stress – vers leurs bureaux. Je prends mon téléphone portable et appelle mon ami. Médard. Non enfin, je le bip plutôt. La minute d’après, mon téléphone sonne. Médard me dit qu’il est au bureau, que je peux passer et qu’il a quelque chose qui va m’intéresser.

Quelque chose qui va m’intéresser ? Je hâte le pas. Je ne suis pas très loin, le bureau de Médard est non loin du Lycée Coulibaly. Je traverse l’avenue Steinmetz, juste avant l’échangeur et continue sur ma gauche. Je bifurque aux premiers feux tricolores. J’y suis. Ah, qui sait ? Peut-être mon ami a-t-il une opportunité pour moi ? Dès mon entrée, Médard m’accueille avec un grand sourire et me tend le dernier exemplaire d’un quotidien de la place.   » Tu as lu l’article ? Plus de 2 750 000 chômeurs au Bénin1 mon frère ! C’est terrible ! « . J’accuse le choc. Donc ce n’était pas une opportunité d’emploi. Juste des statistiques, de foutues statistiques !

Je m’abstiens de hurler. Je prends le journal des mains de mon ami et le dépose sur son bureau.  Il me demande, surpris, si je ne compte pas le lire. Ou si je n’aime plus ce quotidien qui est pourtant mon préféré. Si, Si, Si… Non, là, je n’en peux plus. Ma patience a des limites. Je ne peux plus m’abstenir de hurler : «  Bon sang, que veux-tu que ça me fasse de savoir qu’il y a plus de 2 millions de personnes sans job au pays ! Je ne fais pas parti de ces gens là. Tu sais pourquoi ? Parce que ces foutues statistiques ont oublié de me prendre en compte. Elles ont oublié les nombreuses personnes qui s’ajoutent chaque jour à ce chiffre. 2 750 000 ? Mon œil ! On est plus nombreux que ça oui ! Et pourquoi me montres tu cela ? Pour que je te donne mon numéro matricule dans cette longue liste ? Tiens, je suis le numéro 2 876 000. Tu es content ? Je suis le 2 876 000 ème bougre, qui se déchire les méninges en pensant à comment il va rapporter un peu d’argent aujourd’hui à la maison. Comment il va garantir le respect de son épouse qui « le regarde dans le visage »2 depuis qu’il ne travaille plus. Je suis le 2 876 000 ème qui a faim et qui ne peut même pas le crier. Je suis le 2 876 000 ème qui n’a toujours pas fini de payer la scolarité de ses enfants et qui sait qu’il n’y arrivera pas à moins d’un miracle. Je suis le 2 876 000 ème qui doit tendre la main, vers des gens qui le méprisent, pour avoir de temps en temps de quoi survivre. Je suis le 2 876 000 ème qui postule à toutes les offres d’emploi du secteur public comme privé, qui déclare uniquement ses diplômes les moins élevés pour pouvoir être considéré pour des boulots de misère, des boulots qui d’ailleurs lui sont refusés. Je suis le 2 876 000 ème béninois qui a mal, qui a mal, qui a mal de ne pas pouvoir goûter aux joies de la maxime « le travail est un trésor ». Je suis … « . Ma voix se brise net au beau milieu de ma phrase. Je m’arrête de crier, m’assied et laisse couler mes larmes. Aussi silencieuses que ma colère a été violente, elles coulent le long de mes joues, s’écrasent sur mon polo et mon jean fripés. Je reste un moment ainsi, devant mon ami totalement déboussolé, qui n’arrête pas de répéter qu’il n’avait pas voulu me blesser. Je me lève, sans un mot et repars.

Une matinée de gâchée ? Non ! Car enfin ! Enfin, j’ai pu crier ma douleur. Enfin ! Mais j’y pense, mon auditoire était quelque peu réduit. Bon, il faut un début à tout. Et c’est un bon début, je crois. Peut-être qu’en criant plus fort, je me ferai entendre de ceux qui sont censés avoir le pouvoir de changer les choses. Peut-être qu’en élevant la voix tous ensembles, nous les chômeurs du Bénin et du monde nous ferons entendre. Peut-être qu’en élevant la voix …

A tous les sans-emplois du Bénin. A tous les sans-emplois du monde. A tous ceux qui peuvent changer les choses.

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« Chômage des jeunes au Bénin : plus de 2.750.000 sans-emplois »,  Quotidien la Nouvelle Tribune, du 31 mai 2012, URL : http://www.lanouvelletribune.info/index.php/societe/11023-chomage-des-jeunes-au-benin-plus-de-2-750-000-sans-emplois
2 Expression Fon et Mina qui signifie manquer de respect à une personne.

Elena, 15 ans : « Quand je serai présidente de la république »

« Les écoliers laborieux… ». Cette chansonnette résonne dans ma tête depuis ce matin. Et pour cause, ce lundi 01 octobre 2012, comme beaucoup d’enfants et de jeunes de mon âge et de mon pays, j’ai repris le chemin de l’école. Je ne m’attendais pas à une agréable surprise en y allant après près de trois mois de vacances. Déjà qu’au cours de l’année scolaire précédente, l’état de l’établissement laissait à désirer. Je ne comptais pas non plus outre mesure sur la volonté des enseignants et des membres de l’administration, puisque ce n’est pas cela qui nous a manqué l’année passée. S’il eut fallu se plaindre de quelque chose, ce serait plutôt du manque criard de subventions dont bénéficie mon école. Bref, je ne me faisais pas d’illusion en me rendant au cours ce matin. Et bien sûr, les fruits ont mis un point d’honneur à surpasser la promesse des fleurs. Le spectacle qui se présenta à nos yeux en cette matinée de rentrée scolaire est assez dur à décrire. Au moins l’année d’avant, nous avions cinq salles de classe. Cette année, il n’y en a plus que deux qui tiennent debout. Deux autres se sont écroulées vers la fin des vacances, secouées jusque dans leur fondation par les pluies diluviennes de ces dernières semaines. Quant à la cinquième classe, je n’ai trouvé personne d’assez courageux, enseignants et élèves confondus, pour accepter y entrer. Ses murs, construits en terre battue, menaces de rendre l’âme à grand bruit.

« … vont avec joie à leur ouvrage... » Vous admettrez donc volontiers que cette partie de la chansonnette, n’est pas celle qui me semble la plus appropriée pour décrire mon état d’âme quand je pense à mon école. Mettez vous un peu à ma place. Si aller à votre bureau représentait une menace permanente pour vous, iriez vous « avec joie à votre ouvrage » ? Non. Cette partie de la chanson, s’adresse plutôt aux enfants que je croise en fin d’après – midi lorsque je vais rejoindre ma mère qui vend des ignames et des bananes frites non loin de l’école la plus réputée de la ville. Oui, les enfants qui en sortent, tous beaux, bien propres, hilares à souhait, la joie au cœur sont heureux. Et on le serait à moins : grande et belle école, salles de classes construites en dur, immense cour pour jouer pendant la récréation, assurance de suivre un programme scolaire de qualité encadrés par des enseignants qui, délivrés des soucis liés aux infrastructures défectueuses, s’occupent méthodiquement de leur travail etc. etc.

En les voyant ainsi, ces élèves, heureux et pleins de rêves, je me fais la promesse suivante. Quand je serai présidente de la république, en l’an 2032, je ferai en sorte que les écoles soient subventionnées et que ces subventions soient réellement versées en temps opportun pour servir la cause des apprenants. Je ferai en sorte que de vraies salles de classes, durables, soient construites pour les élèves. J’irai même jusqu’à lever des fonds auprès de la population pour relever ce défi. Je la convaincrai, en sorte que tout adulte de mon pays investira pour l’édification d’un système éducatif à la hauteur de l’espoir que représente la jeunesse. Quand je serai présidente de la république je ferai en sorte que chaque enfant puisse être heureux, réellement heureux de se rendre à l’école. Je résoudrai l’équation à plusieurs inconnues qui veut que la somme d’infrastructures adéquates, d’enseignants qualifiés, de matériels adéquats, et de programmes scolaires bien ficelés donne un système éducatif de qualité, positivement vécu par les apprenants. Quand je serai présidente de la république, je ferai en sorte que chaque enfant, riche ou pauvre, puisse avoir accès à une éducation de qualité. Quand je serai présidente de la république en 2032, je ferai de l’éducation  une priorité.

Mais en attendant, je n’ai que 15 ans. Et je me contente de psalmodier, encore et encore (alors qu’en ce début de soirée, j’aide ma mère à vendre les dernières bananes frites qui traînent encore dans son panier), cette chansonnette qui ne me lâche décidément pas depuis ce matin : « Les écoliers laborieux, vont avec joie à leur ouvrage, mais les élèves sans courage, partent les larmes dans les yeux… »

 Que Dieu t’entende Elena, que Dieu t’entende ma belle enfant, et tes aînés aussi …

Le parcours de la misère

En ce lundi matin, Alicia Maria Beninvi, béninoise, 45 ans, dévale quatre à quatre les escaliers de sa maison. Arrivée au   rez-de-chaussée, elle crie à la cantonade, « il est l’heure, maman s’en va ! ». Des pas plus rapides que les siens, un, deux, trois, retentissent dans les escaliers accompagnés de petits cris    stridents créant un terrible raffut où  elle distingue plusieurs « Attends nous, on arrive ».

Alors que  toute essoufflée Alicia s’apprête à se jeter plus qu’à s’asseoir sur le fauteuil chauffeur de sa petite Peugeot 306 grise nouveau modèle, elle entend, « oh infortune! », le bruit strident de la sonnerie de la maison qui annonce l’arrivée inopportune d’un visiteur. Interrompant son geste, elle attend devant la voiture, alors que son aide de  maison se précipite pour ouvrir le portail. Une dame d’un certain âge, à l’allure plutôt modeste et au regard fuyant, totalement inconnue d’Alicia, entre dans la maison et se met à  raconter une histoire dont les premières lignes augurent d’un long déballage à but lucratif. Alicia explique rapidement qu’elle est en retard et demande à l’aide de maison de remettre à  la vieille dame quelque chose pour son déplacement. Un billet de 1000 FCFA passe d’une main à l’autre. Notre héroïne en profite pour s’asseoir définitivement dans sa voiture et    démarre en trombe.

15 mn et  30 coups de klaxon plus tard, Alicia a déposé ses enfants à l’école. Elle est alors accostée par un jeune enfant de 5 ans maximum qui lui demande une pièce de 100 FCFA pour son petit  déjeuner. Attristée, Alicia lui remet une pièce de 500 FCFA. Quelques minutes après, elle se retrouve au carrefour de l’Unafrica où, bloquée par le feu tricolore, elle se voit interpeller  par un mendiant aveugle, assis au bord de la voie. Elle lui envoie une petite pièce de 200 FCFA, remonte sa vitre et démarre. Elle arrive enfin à son bureau, haletante, pile à l’heure, ouf ! En  récupérant les notes sur lesquelles vont se baser sa présentation de tout à l’heure au cours de la réunion hebdomadaire des services techniques, une pensée l’assaille et l’oblige à  s’asseoir.

Alicia    vient tout d’un coup de réaliser qu’en moins de 30 minutes, elle vient d’être sollicitée, par trois personnes différentes, mendiant chacune avec son « standing », chacune avec sa méthode. Son  cerveau se met à calculer que si cela devait arriver toutes les 30 minutes et que la journée compte 24h, cela reviendrait à ce qu’elle soit accostée 48 fois par jours, soit 48*365 jours l’année … Bon, il y a les heures de sommeil mais tout de même !

Elle compte  qu’il y a deux ans, personne ne l’abordait de cette façon et que depuis, son standing n’a pas outre mesure évolué. Elle calcule que, s’en tenant à son expérience personnelle, la misère s’est multipliée par 3 en deux ans. Une pensée lui évite de justesse de se lancer dans les calculs visant à déterminer la probabilité pour que ce phénomène se produise tous les jours : elle vient de réaliser que depuis deux semaines, elle est accostée un bon nombre de fois par jour par des mendiants de toute sorte. Et elle réalise que parmi ces personnes qui demandent de l’aide, il y a souvent des gens bien portant physiquement et qui, en temps normal, n’auraient jamais osé s’abaisser ainsi.

Elle réalise que chacun de ses déplacements est comparable à un « parcours de la misère » jonché d’obstacles humains dont la seule demande est de l’aide pour continuer à  survivre.

Elle réalise  que la pauvreté s’accroit tous les jours dans son pays au point de devenir palpable, qu’elle ne touche pas seulement ceux qui n’ont rien, mais qu’elle accable aussi ceux dont la vie est à peu    près stable. Elle réalise qu’il est impossible d’être « heureux tout seul », à moins de porter des œillères, de jouer à celui qui ne voit rien. Elle réalise que naviguer tous les jours    au milieu de personnes respectables mais qui croupissent dans la misère, lui sape le moral au point de la rendre improductive. Elle réalise que ses 1700 FCFA donnés ainsi à la  volée ne règlent pas vraiment le problème. Elle réalise que c’est d’une action collective dont son pays à besoin. Elle réalise qu’il faut que ça cesse, pour de bon, et que pour cela, elle  aussi a son rôle à jouer.

Alicia  Maria Beninvi, béninoise, 45 ans, est une part de chacun de ceux qui sont, malgré les temps difficiles, en mesure de donner sans pour autant mourir de faim. Dans l’espoir que sa prise de conscience produise un déclic auprès de plusieurs âmes éprises de justice sociale et d’équité.