Grève dans l’enseignement au Bénin : il faut que ça cesse.

Copyright - Blog : Golf de Rueil Malmaison

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Le Bénin a souvent été qualifié de pays où la ponctualité est considérée comme inventée pour être contournée. L’heure africaine, expression caractérisant la désinvolture avec laquelle l’horaire est respecté en Afrique, a été remplacée par l’heure béninoise, donnant au pays l’aura malheureusement bien méritée du recordman (record country ?) de l’élasticité des horloges. Une chose est sûre, tout le monde s’entend sur le fait qu’au Bénin, « avant l’heure, c’est l’heure », « l’heure, c’est l’heure » et surtout « bien après l’heure, c’est toujours l’heure ».

Mais si dans la vie de tous les jours, la ponctualité nous fait défaut, il faut reconnaître que dans certains domaines, c’est avec une assiduité sans pareil que nous répétons les mêmes phénomènes. C’est par exemple le cas, en ce qui concerne le monde de l’éducation. Aussi loin que remontent mes souvenirs -excusez ma jeunesse- l’actualité de  l’école béninoise a toujours rimé avec 48h, 72h, illimitée. Des mots qui, pris tous seuls, pourraient faire penser à une surdose de travail, mais qui, en réalité, posés dans le contexte béninois se voient accompagner du terme « grèves », qui vient, par sa négation du travail, tout foutre en l’air.

Ainsi donc, aussi loin que remonte mes souvenirs, les grèves sont comme une épée de Damoclès, constamment agitée au dessus des têtes des apprenants béninois. Une épée, encore plus dangereuse que celle de la légende, puisqu’elle nous a déjà plusieurs fois montré qu’elle pouvait tomber et, qu’en tombant, elle pouvait faire mal. Tous les ans, je dis bien tous les ans, les enseignants du Bénin réclament une amélioration de leurs conditions de vies, notamment la prise en compte de certaines primes. Tous les ans, les gouvernants promettent de tenir compte de ces doléances et d’y remédier. Tous les ans les gouvernants oublient de le faire ou n’y répondent que partiellement. Et tous les ans le problème est reposé, de préférence pendant les périodes de grande tension comme la rentrée scolaire ou celles de corrections de copies d’examen. Des titres du genre « La rentrée aura – t – elle lieue ? » sont devenues tellement communs que si l’on n’en voit pas aux alentours des mois d’août et de septembre dans les journaux du pays, on se demande si tout va bien.

Les années de grâce sont celles où les grèves sont annoncées mais ne tiennent pas. Celles là sont rares. L’année dernière, jusqu’à quelques jours des examens, les apprenants ne savaient pas s’ils pourraient aller composer. Le spectre de l’année blanche est devenu l’âme en peine d’un de nos cousins germains, le genre de fantômes qui nous accompagnent toute notre vie et à la présence desquels ont fini par s’habituer.

A ce jeu de « je t’aime, moi non plus », auquel se livrent leurs aînés censés les protéger, les vrais perdants restent les apprenants. Car, même si l’année blanche se cantonne pour le moment à son statut immatériel de spectre, il n’en demeure pas moins que ces nombreuses heures de débrayage ont un impact, bien réel lui, sur le rendu des élèves. Il est bien facile de se plaindre d’une baisse de niveau de l’éducation en général, et il est aisé de mettre cela sur le compte de parents démissionnaires ou de programmes scolaires mal élaborés. Mais nous devons nous rendre à l’évidence : les grèves  ont leur part de responsabilité dans cette situation. Imaginons par exemple un enfant qui a commencé son cours primaire dans une école publique béninoise, et qui chaque année doit rester à la maison environ 20 jours par an au moins. Imaginons que les parents de cet enfant, tous analphabètes, n’ont en plus pas les moyens de lui payer une aide à domicile. Imaginons le nombre d’heures qu’il aura perdu du CI au CMII : 20j*8h*6ans. 960 heures. Et la maxime dit : « Le temps perdu ne se rattrape pas »…

Voila donc, pour ce petit homme, 960 heures de notions à jamais méconnues, se traduisant par 960 fautes d’orthographe disséminées dans les copies d’examen futures, dans les prochaines demandes d’emploi et dans les procès verbaux ou autres documents techniques illisibles sinon incompréhensibles, remis à un patron que la répétition de ces incorrections met au  bord de la crise de nerfs. 960 heures qu’il est possible d’éviter si de part et d’autre on pense réellement à l’essentiel, à savoir, l’éducation des enfants et des jeunes, avenir de notre pays.

Qu’il me soit permis de terminer mon propos par un souhait : que la grève de 48h de tous les trois ordres d’enseignement du Bénin s’étant déroulée la semaine dernière, ne soit pas, comme les autres années, la première d’une longue liste, mais qu’elle soit plutôt la dernière d’une décade difficile pour tous.