Halte au tabac !

Pour une fois, le décor de mon post ne sera pas planté dans mon pays d’origine, le Bénin. Je prends mes chaussures et mon sac d’aventurière, et je m’en vais visiter  la magnificence et la beauté d’un pays aux cultures diversifiés : le Cameroun. Je voudrais remercier Emilien Mvondo, qui a accepté m’accorder un peu de son temps pour me parler de son pays et de ses particularités.

Cette histoire est  tirée de faits authentiques. La personne qui me l’a racontée a accepté que je l’écrive avec mes mots, que je la retouche un peu, que je la publie pour qu’elle serve d’outil de sensibilisation à la jeunesse si friande des produits du tabac. Cette personne accepte que je vous livre ainsi un pan de sa vie, mais refuse de se dévoiler totalement. Elle requiert l’anonymat. Je respecte cela.

Elle …

Elle avait la beauté, la finesse des filles Sawa, la belle taille des filles de Baffia, la vigueur et le dynamisme des Eton, la sincérité des anglophones du nord – ouest, le style british (classe et chic) des anglophones du sud – ouest, l’éclat de peau et la richesse des Bamiléké, l’ondulation et la longueur des cheveux des arabes Suwa, le derrière plein de promesses des filles Bamoun. Elle était à elle seule, le Cameroun en entier, elle respirait mon pays jusque dans ses moindres gestes. Elle aimait la musique, la vie. Elle pouvait se montrer possessive et jalouse mais aussi attentionnée et prête à répondre à mes mille caprices. Elle pouvait me cuisiner les plats du nord, du sud, de l’est et de l’ouest, je n’avais qu’à demander.  Le Ero, le Ndolè, le poisson braisé, le kpem, le sanga, le Njapchè et diverses autres superbes sauces Haoussa faisaient partis de mon quotidien. J’en mangeais, en veux tu en voila, et plus j’en mangeais, plus j’en réclamais. Le bonheur, pouvait – il avoir un autre nom que Samiath ? C’est celui qu’elle portait. Et pour moi, Samiath était tout. Elle m’adorait et je l’adorais.

Dolce Vita …

Quand je la vis passer la première fois devant le petit bar de quartier où je traînais avec quelques amis, mon cœur s’arrêta de battre une seconde puis se mit à cogner de manière saccadée. De ce jour, je ne me donnai pas de répit et mis tout en œuvre pour la conquérir. Comble du bonheur, elle voulut de moi autant que je voulus d’elle.  Après plusieurs mois de farniente, de Dolce Vita, ce qui devait arriver arriva. Ma douce et moi nous mariâmes, emménageâmes ensemble et … en principe, les histoires de ce genre finissent par la phrase sacrée « nous eûmes beaucoup d’enfants » …. Léger bémol s’il en fallut, dans mon histoire à moi. Bien sûr, très vite, le ventre de ma douce s’arrondit. Elle rayonnait de beauté, et l’attente de notre bébé nous mettait dans un état de béatitude que rien n’aurait dû venir distraire.

Bémol …

Il y avait cependant un petit hic à notre conte de fée. Samiath avait une allergie. Elle ne supportait pas la fumée de la cigarette ou du tabac. Il était impossible de fumer dans son environnement immédiat. Ceci n’aurait pas constitué un problème, si je n’avais été la locomotive que je suis. Le tabac et moi, étions devenus inséparables depuis mes années universitaires, où, étudiant en droit, je me suis laissé entraîner par mes amis dont le style de vie m’impressionnait. Ils semblaient si « in » dans leurs jeans derniers cris, leurs chemises griffées et leurs cigarettes à la main. Du jour où j’ai commencé, je n’ai plus su comment arrêter. Mais pour Samiath, je décidai d’arrêter. Et j’y suis arrivé. Enfin, j’y étais arrivé jusqu’à cette affreuse nuit du 12 avril 2011, où, je sortis participer au pot d’au revoir d’un collègue et ami qui repartait chez lui, à Madagascar, après avoir passé 5 années dans mon pays. Samiath, dont la grossesse était très avancée, ne voulut pas m’accompagner. Je comprenais, j’approuvais même sa décision. Ah, si elle avait été là… Elle m’aurait empêché de fumer, de replonger. Sa seule présence à mes côtés aurait suffit à m’en dissuader. Mais elle n’était pas là. Et je fumai, une, deux, quatre, dix cigarettes. Je fumai à la déraison. Un moment de débauche, me dis-je, à ne pas répéter … à ne pas répéter souvent… Je revins à la maison, penaud, me couchai dans le canapé du salon pour ne pas la réveiller mais surtout pour qu’elle ne sente pas mon haleine et mes habits pleins de fumée. Mais c’était peine perdue. Au beau milieu de la nuit, elle se mit à tousser, tousser, fort, fort, de plus en plus fort au point de s’étrangler, au point de me faire paniquer totalement. En catastrophe, j’emmenai ma femme à l’hôpital. Le meilleur, le plus proche aussi. Les docteurs firent tout ce qu’ils purent, la vie quittait ma belle aussi vite que l’eau coule d’un seau percé. Je la vis partir ainsi, sous mes yeux, stoïque. Elle ne me fit aucun reproche, se tourna vers moi quand c’était la fin et me fit un dernier sourire.

Le tabac tue …

C’est ainsi qu’en cette nuit du 12 au 13 avril 2011, je perdis ma femme. Le bébé ? Sauvé de justesse, par césarienne. Mon âme ? A jamais disséquée, laminée, torturée par le chagrin et le remords. Non, ce n’est pas un jeu, le tabac tue vraiment et sa fumée aussi. Je le sais. J’en ressens les effets, tous les jours de ma chienne de vie …